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Crise en Grèce, censure sur Arte (lettre ouverte)

22 Mai

Sous ce titre de notre choix, nous publions, avec l’autorisation de son auteure, une lettre de Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue grecque αληthεια (Acrimed).

Chères amies, chers amis,

Le jeudi 16 mai, j’ai participé à l’émission d’Arte 28 minutes sur le thème : La Grèce, talon d’Achille de l’Europe ?

Je viens de visionner l’émission telle qu’elle a été diffusée et j’en crois pas mes yeux : le passage où je disais que l’aide accordée à la Grèce a été en réalité une aide aux créanciers du pays, et que les plans de sauvetage successifs ont été conçus pour protéger les créanciers d’un défaut éventuel de la Grèce, tout en plongeant le pays dans une récession de l’ordre de 20 % en le menant tout droit à la faillite, a tout simplement disparu ! Si vous regardez attentivement, vous constaterez les traces de coupure par des enchaînements assez abrupts et la non-fluidité de la parole après la première intervention de Benjamin Coriat.

De même est passé à la trappe, un passage vers la fin où j’avais évoqué une confrontation qui n’est pas de nature nationale entre Grecs et Allemands, mais bel et bien entre deux camps transnationaux, c’est-à-dire entre ceux qui, en marchant littéralement sur des cadavres, défendent les intérêts du secteur financier d’une part, et d’autre part ceux qui défendent les droits démocratiques et sociaux et en fin de compte le droit à une vie digne de ce nom. Je prends à témoin Benjamin Coriat qui participait à l’émission et qui pourrait certifier que j’ai bien tenu ces propos dont la trace disparaît sous les ciseaux du censeur.

Car, cela relève tout simplement de la CENSURE. Une question s’impose : Qui donc contrôle Arte et qui filtre les infos ainsi ?

Je l’avoue, je n’en reviens pas. L’émission a été enregistrée « dans les conditions du direct » deux heures et demie avant sa diffusion et que je sache cette formule veut dire qu’on ne coupe pas, à la limite on refait une prise si on a un souci, ce qui a été le cas pour les présentations. Et même si la pratique établie est de couper un peu les longueurs, comment se fait-il que les deux coupes principales portent, comme par hasard, sur des propos concernant les vrais bénéficiaires de l’aide à la Grèce, c’est à dire les banques, ainsi que sur le caractère fallacieux de la supposée confrontation gréco-allemande ?

Comme vous pouvez d’ailleurs sans doute le constater vous-même, mon temps de parole correspond à un tiers – peut-être même moins – de celui de monsieur Prévelakis. Celui-ci, avec sa proposition d’un médiateur, sous la tutelle duquel devrait se mettre la Grèce, proposait rien de moins que de suspendre les procédures démocratiques en Grèce et de donner à Sarkozy (!) la position d’un tuteur du peuple grec qui ne saurait être représenté par ses élus, surtout si ceux-là appartiennent par malheur au Syriza. J’ai bondi mais on ne m’a pas laissé le temps de réagir en coupant là l’émission.

Conclure l’émission sur ce propos est absolument scandaleux. Cela n’honore pas, loin de là, Arte qui se revendique d’une sensibilité démocratique. D’ailleurs, si vous regardez un peu attentivement le déroulement juste avant la fin, vous verrez que la dernière question s’adresse à moi, madame Quin se tourne bien vers moi et non pas vers M. Prévélakis. Et ma réponse concernant les deux Europe qui s’affrontent et qui précédait la conclusion de Georges Prévélakis, est passée complètement à la trappe.

Bref, les coupures, la répartition inégale du temps de parole, la conclusion sur un appel à suspendre la démocratie en Grèce, tout cela, si n’est pas de la manipulation de l’information, c’est quoi au juste ?

Voilà bien des questions sur le traitement de l’information par une chaîne européenne qui se veut indépendante.

Merci de diffuser ce message le plus largement possible et de l’afficher sur les réseaux, si vous voulez bien.

Vicky Skoumbi,
rédactrice en chef de la revue grecque αληthεια

 

La crise bancaire contamine aussi l’hôpital

21 Mai

Certains établissements seront bientôt en cessation de paiement

En Grèce, les malades cancéreux achètent eux-mêmes leurs médicaments en pharmacie et les payent de leur poche. Las d’accumuler les factures impayées, le laboratoire pharmaceutique Roche ne fournit plus les hôpitaux. Le groupe envisage de prendre des mesures similaires contre d’autres pays, dont l’Espagne.

En France, on n’en est pas encore là. Mais pour combien de temps ? À en croire la Fédération hospitalière de France (FHF) , qui regroupe plus d’un millier d’hôpitaux publics, les deux tiers des établissements de santé vont sous peu se retrouver en cessation de paiement. « Pas assez de recettes pour honorer ses dépenses, techniquement cela s’appelle une faillite », simplifie Thierry Acquier, délégué régional de la FHF en Paca. Et si, statutairement, un hôpital ne peut pas être mis en faillite, les conséquences de cette crise financière se font déjà sentir : partout en France, des chantiers hospitaliers prévus en 2012 sont à l’arrêt. L’achat d’équipements médicaux a été différé.

Plus inquiétant encore : « Certains directeurs ont du mal à assurer les dépenses courantes, à payer les fournisseurs et parfois même à verser les salaires des personnels », indique la FHP.

Sous perfusion bancaire

À l’origine de ce « krach » hospitalier, la fermeture du robinet de financement que représentait la banque publique Dexia, le prêteur historique des hôpitaux démantelé à l’automne dernier pour cause d’empoisonnement aux emprunts toxiques. Depuis, les banques de détail ne se bousculent pas pour prendre le relais. Laissant sur la paille des hôpitaux publics déjà étranglés par les contraintes budgétaires. Faute de crédit bancaire, il leur manquerait plus de 2 milliards d’euros cette année, soit 50 % de leurs besoins. Non seulement pour financer les investissements à moyen et long terme, mais aussi pour boucler le fonctionnement courant. « De nombreux établissements, en déficit structurel depuis des années, avaient recours à l’emprunt pour boucler leur trésorerie », explique Thierry Acquier. Une perfusion bancaire brutalement retirée avec l’explosion de Dexia.

Stoppé net dans cette fuite en avant, l’hôpital de Briançon, dont le taux d’endettement est voisin de 20 %, est menacé de banqueroute. Celui d’Aubagne sait déjà que pour être en capacité de verser ses salaires, il ne paiera pas ses charges sociales (lire ci-dessous). Et quand l’hôpital va mal, rien ne va plus : BTP, fournisseurs, administration fiscale, toute l’économie est ralentie.

Cercle vicieux

Très inquiète de cette situation, la FHF réclame la création rapide d’une banque publique d’investissement, qui prendrait le relais de Dexia auprès des hôpitaux et des collectivités territoriales. Un dossier qui n’a pas encore reçu le feu vert de Bruxelles. En attendant, la FHF demande à ses adhérents de ne plus lancer des projets d’investissement qui ne sont pas complètement financés. « Mais cela n’est pas viable dans la durée. Car un hôpital qui n’investit pas, qui ne rénove pas ses bâtiments, qui n’achète pas de nouveaux équipements court à sa perte », souligne Thierry Acquier.

Si les grosses structures, comme l’AP-HM parviennent à sauver les meubles, grâce notamment à l’émission d’emprunts obligataires lancés avec d’autres CHU, les petits hôpitaux s’engouffrent dans un cercle vicieux: moins d’investissements, moins de recettes, plus de dette… : cette spirale pernicieuse qui menace aujourd’hui toute l’économie européenne.

A Aubagne, salaires ou charge : il faut choisir

Huit mois. C’est le délai moyen de paiement des fournisseurs du centre hospitalier d’Aubagne. De quoi plomber les trésoreries de ces entreprises, souvent des PME. « La réglementation nous impose de régler nos factures dans les 50 jours. Mais nous ne pouvons pas faire autrement. Et cela va s’aggraver », explique Alain Teissier, le directeur de l’établissement, qui ne parvient plus à joindre les deux bouts. Faute de crédits bancaires, l’hôpital a renoncé à des investissements : travaux d’entretien des bâtiments, remplacement d’ascenseurs vieux de 40 ans, renouvellement de certains équipements médicaux. « Cela représente 1,5 million d’euros, ce qui n’est pas une somme faramineuse. Nous avons fait la tournée des banques. Aucune n’a accepté de nous prêter le moindre centime« , fulmine le directeur.

Mais l’urgence à Aubagne, c’est d’assurer la paye du personnel et d’honorer les factures des fournisseurs. L’hôpital va devoir différer le versement de ses charges sociales et fiscales. Avec, à la clé, des pénalités de retard qui vont alourdir ses dépenses. Endetté à plus de 8 % de son budget, l’établissement qui ne dispose plus de capacité d’autofinancement, vivait jusqu’à présent sous perfusion bancaire. En 2011, l’hôpital d’Aubagne a néanmoins gagné 4,5 % d’activité. Mais sans investissement pourra-t-il continuer à faire face à la concurrence féroce de la clinique privée voisine (La Casamance), et à la proximité de l’offre médicale marseillaise ?

Eric ESPANET (http://www.laprovence.com/article/a-la-une/la-crise-bancaire-contamine-aussi-lhopital)

Les étranges conseils d’UBS à ses collaborateurs

21 Mai

DOCUMENT. La plus grande banque suisse explique à ses salariés comment démarcher de riches clients à l’étranger sans se faire prendre.

« Si vous voyagez avec un collègue, coordonnez votre histoire avant la douane » ou encore, si vous êtes interrogé et que votre ordinateur contient des données sensibles, « tapez trois fois un code PIN erroné pour en bloquer l’accès ». Ces conseils ne sont pas prodigués à de futurs agents secrets, mais à des employés d’UBS allant prospecter des clients à l’étranger.

Le document en anglais de 9 pages, intitulé « Security Risk Governance », distribué en interne par la principale banque suisse, date de juin 2006. Il entend « sensibiliser les employés d’UBS aux possibles menaces au cours des voyages d’affaires ». Quel genre de menaces ? Le 12 avril, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire concernant les activités en France d’UBS.

Des tracts et des affiches

Pour la justice, il existe un soupçon de « démarchage bancaire et financier par personne non habilitée et [de] blanchiment de fraude fiscale et de fonds obtenus à l’aide d’un démarchage illicite, commis en bande organisée ». En clair, des salariés suisses d’UBS auraient, pendant une décennie, passé incognito la frontière pour aller démarcher des clients en France. Ce qui est strictement interdit. Et pas n’importe quels clients. De riches contribuables approchés à Roland Garros ou sur un terrain de golf.

Le document interne d’UBS conseille à ces commerciaux voyageant à l’étranger, au cas où ils seraient interrogés, « d’attirer l’attention sur le fait que vous organisez un événement UBS, comme un trophée de golf ».

Concerts et événements sportifs

Pur hasard ? En mars, juste avant l’ouverture de cette information judiciaire, Antoine Peillon, grand reporter à La Croix, publiait Ces 600 milliards qui manquent à la France*. L’ouvrage, fort bien documenté, dénonce le système d’évasion fiscale mis en place par UBS dans l’Hexagone. Selon l’une de ses sources, à l’intérieur de la banque, « en 10 ans, ce sont environ 850 millions d’euros d’avoirs qui ont échappé à l’impôt, grâce à nos seuls services d’évasion fiscale ». Pas moins de 120 chargés d’affaires suisses opéraient clandestinement en France…

Parallèlement, chaque année, UBS organisait une centaine de concerts, d’événements sportifs, de réunions mondaines afin de couvrir « le démarchage d’une clientèle riche et brillante à destination finale de l’ouverture ou de gestion de comptes non déclarés », assure l’ouvrage. En revanche, les salariés d’UBS en France gardaient les mains propres.

Pratiques identiques aux États-Unis

« UBS est considérée comme la Rolls-Royce des banques. Les salariés sont très fiers de travailler dans un tel établissement. Ils sont d’autant plus révoltés lorsqu’ils découvrent ces manipulations », raconte Antoine Peillon, de passage à Genève pour présenter son livre. De son côté, UBS « réfute vigoureusement » l’existence d’un système d’aide à l’évasion fiscale.

Toutefois, il faut rappeler que la banque suisse a déjà été prise la main dans le sac aux États-Unis en 2009. Les autorités fiscales américaines avaient déposé une plainte auprès du tribunal fédéral de Miami pour obliger UBS à fournir la liste de 52 000 de ses clients soupçonnés de fraude fiscale. Les États-Unis et la Suisse ont finalement trouvé un accord extrajudiciaire pour que la banque ne passe pas en justice pour incitation à l’évasion fiscale.

Derniers conseils donnés par « Security Risk Governance » lorsque les commerciaux d’UBS quittent un pays étranger avant de regagner la Suisse : « Détruisez toutes les données sensibles », « N’emportez pas de documents liés à un client », et « Préparez un baratin au cas où vous seriez questionné par les autorités ». Difficile d’être plus clair…

(*) Seuil, 184 pages.

REGARDEZ les documents d’UBS : http://www.lepoint.fr/economie/les-etranges-conseils-d-ubs-a-ses-collaborateurs-20-05-2012-1463375_28.php