Archive | mai, 2012

Les antibiotiques responsables de l’épidémie d’allergies ?

22 Mai

L’utilisation massive d’antibiotiques ces dernières décennies serait l’une des causes de la recrudescence des maladies allergiques. Les bactéries composant notre flore intestinale, partiellement détruites par ces médicaments, nous protégeraient des allergies. Frédéric de Blay, allergologue au CHRU de Strasbourg, revient pour Futura-Sciences sur les intérêts et les enjeux de l’étude qui vient de révéler ces éléments.

On parle d’épidémie. Entre les années 1980 et 2000, le nombre de personnes victimes d’allergies a doublé dans les pays développés. Depuis, ce chiffre continue de croître doucement en France ainsi que dans le reste de l’Europe occidentale. Les experts débattent maintenant pour remonter le problème à la source.

Deux grandes théories s’affrontent. La première, la plus ancienne, défend l’idée que c’est l’exposition dans la vie précoce à l’allergène qui engendre l’allergie, et se place plutôt du côté de l’inné dans la grande dichotomie philosophique qui l’oppose à l’acquis. Certaines études montrent des résultats tirant en ce sens, mais elles se trouvent parfois contredites par d’autres travaux, si bien qu’il est impossible de la tenir pour vrai.

L’autre hypothèse est dite hygiéniste. On la doit au Britannique David Stachan, qui remarquait, en 1989, que les plus jeunes des fratries développaient moins de maladies allergiques que leurs aînés. Il en conclut que les petits derniers bénéficiaient des microbes attrapés par les plus âgés : une exposition moindre aux pathogènes dans les premières phases de notre vie favoriserait l’apparition d’allergies. Un certain nombre de recherches appuient cette théorie, mais le modèle n’a pas encore pu être validé.

La fameuse Escherichia coli, la bactérie très utilisée dans la recherche biologique, se retrouve dans notre flore intestinale et contribue à notre digestion. Elle et ses consœurs pourraient nous préserver des allergies. Un bel exemple de symbiose !
La fameuse Escherichia coli, la bactérie très utilisée dans la recherche biologique, se retrouve dans notre flore intestinale et contribue à notre digestion. Elle et ses consœurs pourraient nous préserver des allergies. Un bel exemple de symbiose ! © Erir Erbe, Agricultural Research Service, Wikipédia, DP

Une flore intestinale défaillante favorise les allergies

Une nouvelle étude vient d’apporter une pierre supplémentaire à cet édifice. Publiée dans Nature Medicine, elle démontre chez la souris l’importance de sa flore intestinale dans le développement des allergies, et l’impact néfaste des antibiotiques.

Des chercheurs de l’université de Pennsylvanie ont administré à leurs rongeurs différents antibiotiques de manière à diminuer voire à exterminer les bactéries commensales de leurs intestins. L’analyse des résultats montre une population de lymphocytes auxiliaires de type 2 (lymphocytes Th2), cruciaux dans l’apparition des allergies, plus importante que chez les animaux témoins. En conséquence, on constate également un taux élevé d’anticorps spécifiques aux maladies allergiques et à l’asthme : les immunoglobulines E (IgE). Cela active les granulocytes basophiles, des cellules du système immunitaire intervenant dans les réactions inflammatoires des allergies, notamment.

Les investigations ont mis en évidence que le microbionte intestinal contrôlait en réalité les cellules précurseurs des basophiles, retrouvées dans la moelle osseuse. Sans cette action régulatrice des bactéries, ces cellules de l’allergie se trouvent surexprimées, la sensibilité aux allergènes augmente.

Une piste pour contrôler l’épidémie de maladies allergiques ?

Frédéric de Blay, allergologue au CHRU de Strasbourg, ne cache pas son intérêt pour cette découverte. « Pour la première fois, on démontre de manière mécanistique comment la prise d’antibiotiques favoriserait le développement des lymphocytes Th2, au profil allergique » explique le spécialiste à Futura-Sciences.

Ces boules colorisées représentent des pollens grossis environ 500 fois. Ils constituent l'un des allergènes les plus fréquents.
Ces boules colorisées représentent des pollens grossis environ 500 fois. Ils constituent l’un des allergènes les plus fréquents. © Dartmouth Electron Micrograph Facility, Wikipédia, DP

Cette étude pourrait connaître un véritable retentissement. « Nous, les allergologues, devons faire face à une situation très embêtante puisque les cas de maladies allergiques ne cessent d’augmenter. Des millions d’euros ont été dépensés pour en trouver les raisons, et ce travail nous éclaire davantage sur l’une des causes plausibles. Cependant, à ce niveau de connaissance, nous ne disposons pas encore suffisamment d’éléments pour changer nos pratiques » précise Frédéric de Blay. Il ne reste plus qu’à attendre que toute la lumière soit faite.

Certes, les précautions sont de rigueur. « Cette expérience a été menée chez la souris et il y a fort à parier que les germes ne sont pas les seuls acteurs qui interviennent, la nature de l’allergène devant également jouer un rôle fondamental, reprend le spécialiste. Mais si des recherches ultérieures poursuivent en ce sens et confirment ces résultats chez l’Homme, cela ouvrirait probablement de nouvelles perspectives sur le plan thérapeutique, nous obligeant par exemple à nous interroger sur l’implication du tube digestif. »

La question se pose : ne sommes-nous pas à un tournant dans notre approche de la médecine ? La résistance des microbes aux médicaments s’accroît, au point que l’Organisation mondiale de la santé s’en inquiète et appelle à de nouvelles pratiques. Les États-Unis viennent de légiférer pour limiter leur utilisation d’antibiotiques dans les élevages, largement employés pour produire des bêtes plus imposantes. Bientôt, devra-t-on aussi les prescrire avec plus de parcimonie pour contenir l’épidémie d’allergies ?

Par Janlou Chaput (http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/medecine/d/les-antibiotiques-responsables-de-lepidemie-dallergies_38830/)

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La Chine délocalise en Ethiopie

22 Mai

MONDIALISATION • Un pays autoritaire à bas salaires? Non, il ne s’agit pas de la Chine mais de l’Ethiopie vers laquelle lorgnent les sociétés asiatiques pour bâtir des usines.

Dans le ronronnement continu des machines, une centaine d’ouvriers éthiopiens découpent sans relâche du cuir, enfilent des lacets et collent des semelles. Leurs superviseurs? Des contremaîtres chinois. Une première dans cet Etat autoritaire de la corne de l’Afrique que certains voient faire fructifier de plus en plus de capitaux asiatiques.
Avec cette usine installée à Dukem, à 30 km au sud de la capitale Addis Abeba, la société Huajian a trouvé une main-d’oeuvre bon marché mais aussi sa matière première, le cuir, pour fabriquer des chaussures qui seront vendues en Europe et aux Etats-Unis.
Après s’être concentrée en Afrique sur la construction d’infrastructures et l’exportation de matières premières, notamment le pétrole, la Chine commence à y chercher des coûts de production avantageux. Une façon de s’évader des ardeurs revendicatrices de la classe ouvrière chinoise devenue moins docile. Selon des chiffres officiels, les conflits du travail en Chine ont été multipliés par trois durant la décennie précédente.
Espoirs éthiopiens
Du côté de l’Ethiopie, on espère y gagner une diversification bienvenue d’une économie largement agricole. Un marché gagnant-gagnant, donc, selon Qian Guoqing, vice-directeur de la East Industry Zone: «Les deux parties ont un engagement réciproque, elles disent ‘tu devrais avoir quelque chose, je devrais obtenir quelque chose’.»
La zone industrielle, qui abrite l’usine de Huajian, devrait être achevée en 2014, pour un coût de 250 millions de dollars (235,1 millions de francs). A terme, elle doit regrouper plus de quatre-vingt usines et créer 20 000 emplois. Pour l’heure, elle compte plusieurs rangées de bâtiments de trois étages abritant six usines à capitaux chinois, dont, outre celle de Huajian, une chaîne de montage automobile et une fabrique de plastique.
Huajian, l’un des plus importants fabricants chinois de chaussures, prévoit d’investir jusqu’à 2 milliards de dollars en Ethiopie pour fabriquer des souliers destinés à l’exportation vers l’Europe et l’Amérique du Nord.
Conditions-cadre alléchantes
Afin d’attirer les investisseurs étrangers dans le cadre d’un «plan de croissance» destiné à faire de leur nation un pays à revenu intermédiaire d’ici à 2025, les autorités éthiopiennes offrent quatre ans d’exonérations fiscales, des terrains bon marché et l’électricité gratuite aux occupants de la zone industrielle.
Sans oublier un droit du travail inexistant et des libertés publiques embryonnaires, qui font de l’Ethiopie un terrain connu pour les Chinois. En 2010, après une longue campagne d’intimidation, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE) a à nouveau remporté les législatives avec plus de 99% des suffrages. Selon plusieurs ONG, les prisonniers politiques s’y compteraient pas centaines.
Malgré cela, investir en Ethiopie «n’est pas une stratégie sans risque», prévient Stefan Dercon, économiste spécialisé dans le développement à l’Université britannique d’Oxford. En effet, l’Ethiopie va devoir maintenir des taux de croissance élevés afin de rembourser les investissements de départ. «Si cela ne fonctionne pas, les espoirs vont s’évanouir très rapidement, les deux ou trois prochaines années sont donc cruciales pour le processus dans son ensemble», selon lui. «Nous devons avancer rapidement, notre ennemi est la pauvreté», rétorque le ministre éthiopien à l’Industrie, Tadesse Haile. «Quiconque nous demande de ralentir accepte la pauvreté.»
Pauvres mais croissants
Avec un PIB par habitant estimé à 325 dollars par l’ONU, l’Ethiopie figure toujours parmi les plus pays africains les plus pauvres, en dépit d’une croissance parmi les plus dynamiques du continent (+11% au cours de chacune des six dernières années selon la Banque mondiale).
Les investissements étrangers «génèrent de la croissance, de l’emploi (…) cela nous permet aussi de fabriquer des produits pouvant être exportés, ce qui amène des devises et des transferts de technologie», insiste pourtant Tadesse Haile.
Mais de nombreux problèmes subsistent: réseaux de télécommunications déplorables, bureaucratie pesante et absence de port dans ce pays enclavé, sans accès à la mer.
Paul Lu, directeur des ressources humaines de Huajian, recense, lui, les différences culturelles, la barrière de la langue et le manque de conscience professionnelle d’une bonne partie du personnel local. Mais ces obstacles sont compensés par l’abondance de matière première et de main-d’oeuvre, peu chère alors que les salaires augmentent en Chine.
«Nous sommes venus fabriquer des chaussures et (…) l’Ethiopie produit beaucoup de cuir», poursuit-il devant l’entrée de l’usine où une vingtaine de personnes attendent pour un entretien d’embauche.
«Différences culturelles»
Dans l’usine, Teju Edek, 22 ans, contrôleur qualité, payé 30 dollars par mois, se plaint que «le salaire est trop bas». Il dit travailler ici surtout pour «développer ses connaissances technologiques» et ajoute que, s’il pouvait gagner plus dans des usines éthiopiennes, il n’y apprendrait pas autant.
Selon Tafere Getie, gestionnaire d’une des usines de la zone, le vrai bénéfice de ces investissements se verra à long terme: «J’espère que les Ethiopiens qui travaillent dans les usines étrangères aujourd’hui possèderont leur propre industrie d’ici à vingt ans.» ATS/BPZ

Paradis patronal

En Ethiopie, la liberté syndicale est une chimère, si l’on en croît le dernier rapport annuel de la Confédération syndicale internationale (CSI). Si la Constitution éthiopienne reconnaît bien le droit de former des syndicats, la «Proclamation du travail», édictée en 2003, restreint concrètement ce droit à certaines catégories. Ainsi les fonctionnaires ne peuvent négocier ni salaires ni conditions de travail. Le droit de grève est également limité, de nombreux secteurs jugés «essentiels» ne pouvant cesser le travail, ne serait-ce qu’une heure. Pour les autres, la procédure à suivre est tellement complexe, qu’il est pratiquement impossible de lancer un mouvement de grève légal.
Enfin, l’Etat a le pouvoir de dissoudre tout syndicat fautif. Sans en arriver là, le gouvernement s’ingère ouvertement dans les affaires internes des organisations de travailleurs. Régulièrement, la CSI dénonce des cas de d’intimidations, de destitutions voire d’exils forcés. Cerise sur le gâteau, la loi autorise les employeurs à créer ou appuyer une «organisation de travailleurs» dans le but de la contrôler. BPZ

Algérie – Pied-rouge, « idiot utile » ?

22 Mai

Jeunes français militants, engagés à gauche, ils ont rejoint l’Algérie à partir de 1962 pour aider le nouveau pays à se construire. Avant de plier bagage quelques années plus tard, désenchantés. On les appelle les pieds-rouges [1], et CQFD a rencontré l’un d’eux.

En ce cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, la presse dégouline de témoignages de pieds-noirs, « cocus » de l’histoire. Mais il en est d’autres, bien plus discrets, qui ont longtemps répugné à parler. Jusqu’à ce qu’un jour… « J’ai été une sorte d’idiot utile. Mais si c’était à refaire, je recommencerais. Avec cette distance de savoir que l’homme est mal fait et que, quand on vous parle de collectif, il y a toujours un malin pour ramasser la mise, derrière… Mais oui, je recommencerais ! »
L’œil bleu pétille sous la casquette. À 85 ans, Jean-Marie Boëglin doit s’aider d’une canne pour marcher, mais ne cherche pas ses mots. Il a fallu le prier un peu pour le convaincre de convoquer les fantômes de ses années pieds-rouges. Il râle qu’il va mal dormir après, raconte que la dernière fois qu’il a ouvert un carton de souvenirs, il a tout balancé dans par Nardol’Isère, juste en bas de chez lui, puis se lance. « Ce n’est même pas par idéologie ou par militantisme que je me suis engagé auprès du FLN, je suis plus instinctuel [sic]. Pour vous situer, à 15 ans, je me suis fait virer des Jeunesses communistes parce que trop libertaire et, à 17, de la Fédération anarchiste parce que trop marxiste ! Mais ma vie, c’était le théâtre. En 1957, je traînais à Lyon avec Roger Planchon. J’ai rencontré un jeune qui s’appelait Kader, passionné de théâtre lui aussi. Peu de temps après, il a disparu et ses amis m’ont appris qu’il était mort sous la torture dans un commissariat. Choqué, j’ai proposé un coup de main, puis l’épaule y est passée, puis tout le reste. »

De son père, ancien chef de réseau Francs-tireurs partisans (FTP) durant la seconde guerre mondiale, Jean-Marie Boëglin a appris les techniques de la clandestinité. En 1961, il est condamné à dix ans de prison par contumace, et passe au Maroc. À l’été 1962, il entre en Algérie avec l’Armée de libération nationale (ALN) et gagne Alger. « Toutes les nuits, on entendait des coups de feu. Très vite, je me suis aperçu qu’il y avait une lutte pour le pouvoir mais bon, je me disais, c’est normal, c’est les séquelles du colonialisme. Quand je posais des questions, on me répondait toujours : “Ce n’est pas le moment.” Ça m’a refroidi, mais en même temps, on avait des moyens et puis, on se sentait un petit peu bolchevik quand même ! »

Le théâtre, à nouveau, dirige sa vie. Avec Mohamed Boudia [2], qu’il a connu en France, et Mourad Bourboune, il fait partie de la commission culturelle du Front de libération nationale (FLN), qui crée le Théâtre national d’Alger en lieu et place de l’Opéra, et nationalise les salles d’Oran, Constantine et Annaba. La révolution est en marche, les pablistes [3] ont l’oreille de Ben Bella, l’autogestion est le mot d’ordre sur toutes les lèvres. Boëglin devient l’un des enseignants les plus en vue du tout nouveau Institut national des arts dramatiques. Années heureuses où il a le sentiment de participer à la construction d’un monde et d’un homme nouveau. Jusqu’au coup d’état du général Boumediene, le 19 juin 1965. L’armée prend le pouvoir, l’islam est proclamé religion d’état, l’arabisation décrétée. « Les socialistes en peau de lapin », comme les appelle Boumediene, ne sont plus les bienvenus.

« Le vrai visage d’un tas de gens s’est révélé à ce moment là. Et il n’était pas beau. Beaucoup de pieds-rouges sont partis, d’eux-mêmes ou chassés. Malgré tout, j’y croyais, je croyais très fort au théâtre, je ne voulais pas laisser tomber l’école de comédiens. Malgré l’exil de Boudia et de Bourboune, je me disais que tout n’était pas terminé. Et puis, en tant que petit blanc, je culpabilisais comme un fou. Alors, je ne suis pas parti. » Il est arrêté, brutalisé, puis relâché et retrouve son poste. En 1966, les actions commises contre la sûreté de l’État durant la guerre d’Algérie sont amnistiées en France. Vexé d’être mis dans le même sac que les militants de l’Organisation armée secrète (OAS), Boëglin refuse de rentrer. Fin 1968, il est viré de sa chère école de théâtre et trouve à se recaser dans la communication. « J’avais la vanité de me dire : si je gêne, c’est que je sers à quelque chose. Et puis, avec le recul, je me dis que quelques graines ont germé. »

En 1979, des rumeurs l’accusent de sionisme et il comprend qu’il doit partir. Ce qu’il fera définitivement en 1981. De retour en France, à la Maison de la culture de Grenoble, il n’aura de cesse de mettre en scène des auteurs algériens.

Le soir est tombé dans l’appartement au bord de l’Isère. Jean-Marie Böeglin tire sur sa pipe, en silence, puis lâche : « Nous aussi, nous sommes les cocus de l’histoire. Pas de manière aussi dramatique que les pieds-noirs ou les harkis mais quand même un peu… » Cette fois, l’œil bleu se voile. Pas longtemps. D’un revers de main, Jean-Marie Boëglin chasse les fantômes et assène : « Je survis parce que je suis en colère. Et cette colère me donne de l’énergie. Tout est en train de craquer et j’espère que je ne crèverais pas avant d’avoir vu l’effondrement du système capitaliste. »

Notes

[1] Lire Catherine Simon, Algérie, les années pieds-rouges, La Découverte, 2009.

[2] Mohamed Boudia, gavroche de la Casbah et dramaturge algérien, fut l’un des responsables de la fédération de France du FLN.

[3] On appelait ainsi les partisans de Michel Raptis, dit Pablo, trostkiste grec, leader de la quatrième Internationale.

par Marie Nennès, illustré par (http://cqfd-journal.org/Pied-rouge-idiot-utile)

Crise en Grèce, censure sur Arte (lettre ouverte)

22 Mai

Sous ce titre de notre choix, nous publions, avec l’autorisation de son auteure, une lettre de Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue grecque αληthεια (Acrimed).

Chères amies, chers amis,

Le jeudi 16 mai, j’ai participé à l’émission d’Arte 28 minutes sur le thème : La Grèce, talon d’Achille de l’Europe ?

Je viens de visionner l’émission telle qu’elle a été diffusée et j’en crois pas mes yeux : le passage où je disais que l’aide accordée à la Grèce a été en réalité une aide aux créanciers du pays, et que les plans de sauvetage successifs ont été conçus pour protéger les créanciers d’un défaut éventuel de la Grèce, tout en plongeant le pays dans une récession de l’ordre de 20 % en le menant tout droit à la faillite, a tout simplement disparu ! Si vous regardez attentivement, vous constaterez les traces de coupure par des enchaînements assez abrupts et la non-fluidité de la parole après la première intervention de Benjamin Coriat.

De même est passé à la trappe, un passage vers la fin où j’avais évoqué une confrontation qui n’est pas de nature nationale entre Grecs et Allemands, mais bel et bien entre deux camps transnationaux, c’est-à-dire entre ceux qui, en marchant littéralement sur des cadavres, défendent les intérêts du secteur financier d’une part, et d’autre part ceux qui défendent les droits démocratiques et sociaux et en fin de compte le droit à une vie digne de ce nom. Je prends à témoin Benjamin Coriat qui participait à l’émission et qui pourrait certifier que j’ai bien tenu ces propos dont la trace disparaît sous les ciseaux du censeur.

Car, cela relève tout simplement de la CENSURE. Une question s’impose : Qui donc contrôle Arte et qui filtre les infos ainsi ?

Je l’avoue, je n’en reviens pas. L’émission a été enregistrée « dans les conditions du direct » deux heures et demie avant sa diffusion et que je sache cette formule veut dire qu’on ne coupe pas, à la limite on refait une prise si on a un souci, ce qui a été le cas pour les présentations. Et même si la pratique établie est de couper un peu les longueurs, comment se fait-il que les deux coupes principales portent, comme par hasard, sur des propos concernant les vrais bénéficiaires de l’aide à la Grèce, c’est à dire les banques, ainsi que sur le caractère fallacieux de la supposée confrontation gréco-allemande ?

Comme vous pouvez d’ailleurs sans doute le constater vous-même, mon temps de parole correspond à un tiers – peut-être même moins – de celui de monsieur Prévelakis. Celui-ci, avec sa proposition d’un médiateur, sous la tutelle duquel devrait se mettre la Grèce, proposait rien de moins que de suspendre les procédures démocratiques en Grèce et de donner à Sarkozy (!) la position d’un tuteur du peuple grec qui ne saurait être représenté par ses élus, surtout si ceux-là appartiennent par malheur au Syriza. J’ai bondi mais on ne m’a pas laissé le temps de réagir en coupant là l’émission.

Conclure l’émission sur ce propos est absolument scandaleux. Cela n’honore pas, loin de là, Arte qui se revendique d’une sensibilité démocratique. D’ailleurs, si vous regardez un peu attentivement le déroulement juste avant la fin, vous verrez que la dernière question s’adresse à moi, madame Quin se tourne bien vers moi et non pas vers M. Prévélakis. Et ma réponse concernant les deux Europe qui s’affrontent et qui précédait la conclusion de Georges Prévélakis, est passée complètement à la trappe.

Bref, les coupures, la répartition inégale du temps de parole, la conclusion sur un appel à suspendre la démocratie en Grèce, tout cela, si n’est pas de la manipulation de l’information, c’est quoi au juste ?

Voilà bien des questions sur le traitement de l’information par une chaîne européenne qui se veut indépendante.

Merci de diffuser ce message le plus largement possible et de l’afficher sur les réseaux, si vous voulez bien.

Vicky Skoumbi,
rédactrice en chef de la revue grecque αληthεια

 

Scandale judiciaire autour des déchets toxiques ; Ils sont tous mouillés !

22 Mai

Certes, le nom qui apparaît au-devant de la scène dans ce qui est d’ores et déjà une affaire d’Etat est celui d’Adama Bictogo, ministre de l’Intégration africaine. Mais il a bénéficié d’une complicité du silence qui éclabousse Jeannot Ahoussou Kouadio et Alassane Ouattara lui-même.
L’image est saisissante, le symbole est ravageur. Dimanche dernier, alors qu’il est évident qu’il a déjà reçu l’enquête explosive de Jeune Afrique sur le scandale de l’indemnisation des déchets toxiques, Alassane Ouattara reçoit très officiellement le ministre des Affaires étrangères nigérien Mohamed Bazoum, avec à ses côtés… Adama Bictogo, le ministre de l’Intégration africaine, un des personnages principaux de cette incroyable histoire de corruption. Pourquoi l’actuel chef de l’Etat ivoirien, qui prétend faire de la moralisation de la vie publique son cheval de bataille, prend-il donc un si grand risque pour son image ? Mystère.
Pour mieux comprendre ce qui se joue avec le dernier scandale autour de l’affaire des déchets toxiques, il faut revenir à l’enquête de l’hebdomadaire spécialisé sur l’Afrique et édité à Paris. «Trois hommes (…) sont soupçonnés d’avoir détourné une partie des indemnités qui auraient dû être payées aux victimes de la pollution causée par le déversement de déchets toxiques à Abidjan, en août 2006. Leurs noms sont inscrits en lettres majuscules sur le rapport d’enquête de la police économique et financière. Il y a là Claude Gohourou, un leader étudiant qui, plusieurs mois durant, s’est improvisé représentant des victimes, Cheick Oumar Koné, président de l’Africa Sports, l’un des clubs de foot les plus célèbres de Côte d’Ivoire, et Adama Bictogo, aujourd’hui ministre de l’Intégration africaine, très impliqué dans la crise malienne. Selon les enquêteurs, il y aurait pour 4,65 milliards de FCFA (plus de 7 millions d’euros). Le rapport remis au procureur de la République, Simplice Koffi Kouadio, le 16 février dernier, recommande l’ouverture de poursuites judiciaires à l’encontre des intéressés pour «faux, usage de faux, détournement de fonds, recel et complicité». Que s’est-il passé ? Après l’accord de dédommagement des victimes signé entre le cabinet britannique Leigh Day et Trafigura, Claude Gohourou, de la Coordination nationale des victimes des déchets toxiques (CNVDT), parvient à obtenir que la justice ivoirienne ordonne le séquestre des fonds transférés à la Société générale de banques de Côte d’Ivoire (SGBCI). Cheick Oumar Koné contacte alors le représentant local du cabinet britannique, Mory Cissé, et lui raconte qu’il est en relation avec le ministre de l’Intérieur, Désiré Tagro, et le président du tribunal de première instance d’Abidjan. Et promet le déblocage des fonds, en échange d’une commission de 8% sur toutes les transactions. L’intéressé refuse et subit des menaces. Convoqué par la DST, il s’enfuit et réussit à atterrir à Londres, où il obtient l’asile. Au final, Adama Bictogo réussit, grâce à son entregent, à faire signer un protocole d’accord entre Gohourou et le cabinet anglais. On ne sait comment, Bictogo et Cheick Oumar Koné parviennent plus ou moins à prendre le contrôle du compte de l’association de Gohourou. 2,6 milliards sont virés sur le compte d’une proche de Koné. 600 millions sont prélevés pour le compte d’Adama Bictogo, pour sa «médiation». En bref, une sombre affaire de gros sous qui s’est nouée dans un grand cafouillage politique.

Ahoussou et Ouattara savaient depuis des mois…

Une information d’importance apparaît quand on lit l’enquête de Jeune Afrique. Le rapport détaillé sur les «exploits» supposés de Bictogo et Compagnie a été remis au procureur de la République depuis le 16 février dernier. Cela fait donc plus de trois mois que des enquêteurs désignés par le régime actuel accusent de faits très graves le ministre de l’Intégration africaine de Ouattara. Explosif, ce rapport remis au procureur, alors sous l’autorité directe de Jeannot Ahoussou Kouadio, ministre de la Justice, est naturellement passé par ses mains. Ce qui ne l’a pas empêché de composer son gouvernement en y introduisant un des personnages-clés de ce qui se présentait déjà comme une affaire d’Etat. Faute politique. Chef de l’Etat autoritaire, considéré par ses propres amis comme un «hyper-président», Alassane Ouattara ne pouvait pas ne pas être au courant de ce que disaient ses propres services de police sur un ministre dont il a continué de renforcer les pouvoirs. Les cris de colère des victimes des déchets toxiques n’y ont rien fait. Sans la publication de l’enquête de Jeune Afrique, peut-être que Bictogo aurait continué à vivre des jours paisibles. Le scandale qui le frappe aujourd’hui frappe donc naturellement ses supérieurs, qui ont organisé son impunité. Mais pourquoi l’ont-ils fait ?

Bictogo, l’homme des affaires sales
du pouvoir
Il faut savoir qu’Adama Bictogo n’est pas n’importe qui au sein du régime RDR. Il est au cœur du secret du clan les moins avouables du clan Ouattara. Juste avant le déclenchement de la rébellion ivoirienne, le 19 septembre 2002, ses comptes logés à la banque d’affaires britannique en France, HSBC, sont fermés parce qu’ils sont jugés «préoccupants» et «indésirables» en raison de soupçons de trafic – armes ou blanchiment d’argent. Comme par hasard, l’insurrection dont des cadres de son parti seront des figures principales, commence très vite après. C’est Adama Bictogo qui, par la suite, organise, avec son entreprise Côte d’Ivoire Fruit et des firmes étrangères partenaires, tout le business de la contrebande du cacao ivoirien qui passe par le Burkina Faso et le Togo. Est-ce dans le cadre de ses activités délictueuses qu’il noue des relations particulières avec Loïc Folloroux, fils de Dominique Ouattara et directeur Afrique d’Armajaro, firme sulfureuse impliquée dans la spéculation sur le cacao ivoirien ? Mystère.
Adama Bictogo, c’est également un des symboles de ce que Mamadou Koulibaly a appelé la «Rebfondation», c’est-à-dire les affaires inavouables mêlant personnages proches de la rébellion et dignitaires de la Refondation, et qui ont permis au clan de Ouattara de pénétrer le système Gbagbo pour mieux l’abattre. Adama Bictogo, c’est, au moins depuis 2007, l’agent d’influence de Blaise Compaoré, qui met de l’huile dans les rouages du difficile dialogue inter-ivoirien et gère des affaires «d’intendance» un peu particulières. Adama Bictogo, c’est le frère de Salif Bictogo, au cœur du scandale «Satarem-Greensol» autour de la gestion des ordures ménagères sous le régime Ouattara, qui n’a même pas coûté son poste à la ministre Anne Ouloto. Ouattara peut-il prendre le risque de se débarrasser d’un homme qui peut faire sauter plusieurs fois la République au regard des informations compromettantes dont il dispose ? Difficile de répondre par l’affirmative, alors qu’il n’ose même pas mettre en cause les «petits» chefs de guerre impliqués dans l’ethnocide wê, en dépit des injonctions agacées de ses parrains internationaux, notamment les Etats-Unis.

Par Philippe Brou (http://news.abidjan.net/h/433846.html)

La crise bancaire contamine aussi l’hôpital

21 Mai

Certains établissements seront bientôt en cessation de paiement

En Grèce, les malades cancéreux achètent eux-mêmes leurs médicaments en pharmacie et les payent de leur poche. Las d’accumuler les factures impayées, le laboratoire pharmaceutique Roche ne fournit plus les hôpitaux. Le groupe envisage de prendre des mesures similaires contre d’autres pays, dont l’Espagne.

En France, on n’en est pas encore là. Mais pour combien de temps ? À en croire la Fédération hospitalière de France (FHF) , qui regroupe plus d’un millier d’hôpitaux publics, les deux tiers des établissements de santé vont sous peu se retrouver en cessation de paiement. « Pas assez de recettes pour honorer ses dépenses, techniquement cela s’appelle une faillite », simplifie Thierry Acquier, délégué régional de la FHF en Paca. Et si, statutairement, un hôpital ne peut pas être mis en faillite, les conséquences de cette crise financière se font déjà sentir : partout en France, des chantiers hospitaliers prévus en 2012 sont à l’arrêt. L’achat d’équipements médicaux a été différé.

Plus inquiétant encore : « Certains directeurs ont du mal à assurer les dépenses courantes, à payer les fournisseurs et parfois même à verser les salaires des personnels », indique la FHP.

Sous perfusion bancaire

À l’origine de ce « krach » hospitalier, la fermeture du robinet de financement que représentait la banque publique Dexia, le prêteur historique des hôpitaux démantelé à l’automne dernier pour cause d’empoisonnement aux emprunts toxiques. Depuis, les banques de détail ne se bousculent pas pour prendre le relais. Laissant sur la paille des hôpitaux publics déjà étranglés par les contraintes budgétaires. Faute de crédit bancaire, il leur manquerait plus de 2 milliards d’euros cette année, soit 50 % de leurs besoins. Non seulement pour financer les investissements à moyen et long terme, mais aussi pour boucler le fonctionnement courant. « De nombreux établissements, en déficit structurel depuis des années, avaient recours à l’emprunt pour boucler leur trésorerie », explique Thierry Acquier. Une perfusion bancaire brutalement retirée avec l’explosion de Dexia.

Stoppé net dans cette fuite en avant, l’hôpital de Briançon, dont le taux d’endettement est voisin de 20 %, est menacé de banqueroute. Celui d’Aubagne sait déjà que pour être en capacité de verser ses salaires, il ne paiera pas ses charges sociales (lire ci-dessous). Et quand l’hôpital va mal, rien ne va plus : BTP, fournisseurs, administration fiscale, toute l’économie est ralentie.

Cercle vicieux

Très inquiète de cette situation, la FHF réclame la création rapide d’une banque publique d’investissement, qui prendrait le relais de Dexia auprès des hôpitaux et des collectivités territoriales. Un dossier qui n’a pas encore reçu le feu vert de Bruxelles. En attendant, la FHF demande à ses adhérents de ne plus lancer des projets d’investissement qui ne sont pas complètement financés. « Mais cela n’est pas viable dans la durée. Car un hôpital qui n’investit pas, qui ne rénove pas ses bâtiments, qui n’achète pas de nouveaux équipements court à sa perte », souligne Thierry Acquier.

Si les grosses structures, comme l’AP-HM parviennent à sauver les meubles, grâce notamment à l’émission d’emprunts obligataires lancés avec d’autres CHU, les petits hôpitaux s’engouffrent dans un cercle vicieux: moins d’investissements, moins de recettes, plus de dette… : cette spirale pernicieuse qui menace aujourd’hui toute l’économie européenne.

A Aubagne, salaires ou charge : il faut choisir

Huit mois. C’est le délai moyen de paiement des fournisseurs du centre hospitalier d’Aubagne. De quoi plomber les trésoreries de ces entreprises, souvent des PME. « La réglementation nous impose de régler nos factures dans les 50 jours. Mais nous ne pouvons pas faire autrement. Et cela va s’aggraver », explique Alain Teissier, le directeur de l’établissement, qui ne parvient plus à joindre les deux bouts. Faute de crédits bancaires, l’hôpital a renoncé à des investissements : travaux d’entretien des bâtiments, remplacement d’ascenseurs vieux de 40 ans, renouvellement de certains équipements médicaux. « Cela représente 1,5 million d’euros, ce qui n’est pas une somme faramineuse. Nous avons fait la tournée des banques. Aucune n’a accepté de nous prêter le moindre centime« , fulmine le directeur.

Mais l’urgence à Aubagne, c’est d’assurer la paye du personnel et d’honorer les factures des fournisseurs. L’hôpital va devoir différer le versement de ses charges sociales et fiscales. Avec, à la clé, des pénalités de retard qui vont alourdir ses dépenses. Endetté à plus de 8 % de son budget, l’établissement qui ne dispose plus de capacité d’autofinancement, vivait jusqu’à présent sous perfusion bancaire. En 2011, l’hôpital d’Aubagne a néanmoins gagné 4,5 % d’activité. Mais sans investissement pourra-t-il continuer à faire face à la concurrence féroce de la clinique privée voisine (La Casamance), et à la proximité de l’offre médicale marseillaise ?

Eric ESPANET (http://www.laprovence.com/article/a-la-une/la-crise-bancaire-contamine-aussi-lhopital)

Un insecticide altère le jeune cerveau

21 Mai

Il s’agit d’une étude pilote menée chez 40 enfants, mais ses résultats sont jugés « inquiétants » par le professeur Philippe Grandjean, épidémiologiste, spécialiste de médecine environnementale à l’Institut de santé publique du Danemark et à l’Ecole de santé publique d’Harvard (Boston, Etats-Unis).

Selon les données préliminaires de l’imagerie cérébrale recueillies chez de jeunes garçons et filles âgés de 6 à 11 ans, en effet, un pesticide organo-phosphoré très utilisé à travers le monde, le chlorpyriphos-éthyl (ou chlorpyrifos ou CPF), aurait un impact persistant sur la structure du cerveau des enfants qui, in utero, ont été exposés à des niveaux élevés de ce produit – parce que leur mère a, durant sa grossesse, inhalé cet insecticide, consommé des aliments pollués par celui-ci, voire été contaminée par l’absorption du produit à travers la peau. Le chlorpyriphos est présent dans de nombreux pesticides utilisés en agriculture, mais aussi dans des produits à usage domestique pour les pays qui n’en ont pas interdit l’usage.

Publiée en ligne, le 30 avril, dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), cette étude a été présentée, le 15 mai, lors de la conférence internationale « Programmation prénatale et toxicité » qui se tenait à Paris. L’enjeu : comprendre comment les expositions à des substances chimiques variées durant la grossesse ou les premières années de vie peuvent affecter les fonctions de l’organisme, voire occasionner des maladies (cancers, diabète, obésité…) qui surviennent parfois des années ou des dizaines d’années plus tard.

TROUBLES NEUROCOGNITIFS

« L’amincissement du cortex cérébral que nous observons chez ces enfants, notamment, n’est pas une bonne chose, souligne le professeur Virginia Rauh, principal auteur de ce travail réalisé à l’université Columbia (New York). Surtout lorsqu’on sait que l’épaisseur du cortex est également diminuée dans des affections neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer. » Selon cette épidémiologiste, les anomalies cérébrales trouvées chez ces enfants pourraient être associées à des troubles neurocognitifs ou neuropsychologiques durables. Les niveaux d’exposition qui montrent ces effets neurotoxiques correspondant à des usages courants.

 

Pour retracer le niveau d’exposition des foetus, l’équipe new-yorkaise a regardé les taux de CPF dans le sang du cordon ombilical, qui donne une idée des taux d’exposition durant les dernières semaines de grossesse. Ces données étaient issues d’une cohorte de 369 enfants, pour lesquels étaient aussi connus les niveaux d’exposition foetale au tabac et aux hydrocarbures aromatiques polycycliques, ainsi que les résultats d’un test cognitif global effectué vers l’âge de 7 ans.

Les auteurs ont focalisé leur attention sur 20 enfants qui avaient les niveaux d’exposition foetale au CPF le plus élevé – supérieur à 4,39 picogrammes par gramme – et les ont comparé à 20 enfants moins exposés, les deux groupes ne présentant des niveaux d’exposition foetale élevés ni au tabac ni aux hydrocarbures aromatiques. Résultats : chez les enfants du premier groupe, l’imagerie par résonance magnétique montre un développement cérébral altéré.

Le cerveau des enfants soumis à un niveau d’exposition élevé au CPF semble présenter plusieurs types d’anomalies : un élargissement de certaines régions, associé à de moins bonnes performances aux tests cognitifs à l’âge de 7 ans. De plus, ces enfants présentent des modifications des différences entre sexes normalement observées dans le cerveau, ainsi qu’une diminution de l’épaisseur du cortex frontal et pariétal.

DES INTERACTIONS AVEC LE TABAC

Le nombre restreint d’enfants inclus dans cette étude est bien sûr une limite. Une extension est en cours sur 450 enfants. De même, les tests neurocognitifs devraient être affinés en vue de préciser les corrélations entre mesures cérébrales et fonctions cognitives. Mais d’autres études vont dans le même sens. « En Equateur, des enfants nés de mères travaillant dans des serres horticoles, exposées à ce pesticide durant leur grossesse, présentent un à deux ans de retard neurocognitif par rapport aux enfants dont les mères ne sont pas exposées », indique le M. Grandjean.

« Le chlorpyriphos-éthyl inhibe l’acétylcholinestérase, l’enzyme qui dégrade l’acétylcholine, un des principaux neurotransmetteurs excitateurs du cerveau. Il augmente ainsi la quantité d’acétylcholine dans le cerveau », dit le professeur Robert Barouki, directeur d’un laboratoire Inserm de pharmacologie-toxicologie à l’université Paris-Descartes. « Le CPF perturbe sans doute aussi la migration des neurones lors du développement cérébral », ajoute M. Grandjean. Autre motif de crainte, « les pesticides interagissent avec d’autres produits chimiques comme ceux du tabac », observe Virginia Rauh. Dans leur classement toxicologique, l’OMS et l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) attribuent au CPF un niveau II, soit une dangerosité modérée.

Médecins, psychologues, enseignants observent chez l’enfant une augmentation des troubles neurocognitifs et comportementaux, notamment des déficits de l’attention. Un accroissement en partie attribuable à la plus grande vigilance accordée à ces troubles et à leur meilleur diagnostic. Mais si cette augmentation est réelle, une origine développementale liée à une exposition à des neurotoxiques pourrait-elle en être une des causes ? « C’est une hypothèse à explorer », admet Virginia Rauh.

« Vous n’avez qu’une seule chance de développer votre cerveau, et c’est pour la vie ! Certes, le cerveau est capable de plasticité, d’un certain degré de compensation, mais son efficience ne sera jamais optimale s’il a été altéré », relève Philippe Grandjean. Selon lui, « l’impact de l’exposition périnatale à divers produits chimiques est un problème de santé publique mésestimé par les pouvoirs publics ».

En attendant une prise de conscience élargie, que faire ? « Laver fruits et légumes, d’autant plus s’ils sont consommés par une femme enceinte ou allaitante, ou par de jeunes enfants », conseille Virginia Rauh. Et éviter d’utiliser, en cas de grossesse, des produits phytosanitaires contenant ces produits. En France, au moins un produit contenant du CPF est autorisé dans les jardins : Dursban 5G Jardin (Dow Agrosciences SAS).

Florence Rosier (http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/05/17/un-insecticide-altere-le-jeune-cerveau_1703201_1650684.html)

Les étranges conseils d’UBS à ses collaborateurs

21 Mai

DOCUMENT. La plus grande banque suisse explique à ses salariés comment démarcher de riches clients à l’étranger sans se faire prendre.

« Si vous voyagez avec un collègue, coordonnez votre histoire avant la douane » ou encore, si vous êtes interrogé et que votre ordinateur contient des données sensibles, « tapez trois fois un code PIN erroné pour en bloquer l’accès ». Ces conseils ne sont pas prodigués à de futurs agents secrets, mais à des employés d’UBS allant prospecter des clients à l’étranger.

Le document en anglais de 9 pages, intitulé « Security Risk Governance », distribué en interne par la principale banque suisse, date de juin 2006. Il entend « sensibiliser les employés d’UBS aux possibles menaces au cours des voyages d’affaires ». Quel genre de menaces ? Le 12 avril, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire concernant les activités en France d’UBS.

Des tracts et des affiches

Pour la justice, il existe un soupçon de « démarchage bancaire et financier par personne non habilitée et [de] blanchiment de fraude fiscale et de fonds obtenus à l’aide d’un démarchage illicite, commis en bande organisée ». En clair, des salariés suisses d’UBS auraient, pendant une décennie, passé incognito la frontière pour aller démarcher des clients en France. Ce qui est strictement interdit. Et pas n’importe quels clients. De riches contribuables approchés à Roland Garros ou sur un terrain de golf.

Le document interne d’UBS conseille à ces commerciaux voyageant à l’étranger, au cas où ils seraient interrogés, « d’attirer l’attention sur le fait que vous organisez un événement UBS, comme un trophée de golf ».

Concerts et événements sportifs

Pur hasard ? En mars, juste avant l’ouverture de cette information judiciaire, Antoine Peillon, grand reporter à La Croix, publiait Ces 600 milliards qui manquent à la France*. L’ouvrage, fort bien documenté, dénonce le système d’évasion fiscale mis en place par UBS dans l’Hexagone. Selon l’une de ses sources, à l’intérieur de la banque, « en 10 ans, ce sont environ 850 millions d’euros d’avoirs qui ont échappé à l’impôt, grâce à nos seuls services d’évasion fiscale ». Pas moins de 120 chargés d’affaires suisses opéraient clandestinement en France…

Parallèlement, chaque année, UBS organisait une centaine de concerts, d’événements sportifs, de réunions mondaines afin de couvrir « le démarchage d’une clientèle riche et brillante à destination finale de l’ouverture ou de gestion de comptes non déclarés », assure l’ouvrage. En revanche, les salariés d’UBS en France gardaient les mains propres.

Pratiques identiques aux États-Unis

« UBS est considérée comme la Rolls-Royce des banques. Les salariés sont très fiers de travailler dans un tel établissement. Ils sont d’autant plus révoltés lorsqu’ils découvrent ces manipulations », raconte Antoine Peillon, de passage à Genève pour présenter son livre. De son côté, UBS « réfute vigoureusement » l’existence d’un système d’aide à l’évasion fiscale.

Toutefois, il faut rappeler que la banque suisse a déjà été prise la main dans le sac aux États-Unis en 2009. Les autorités fiscales américaines avaient déposé une plainte auprès du tribunal fédéral de Miami pour obliger UBS à fournir la liste de 52 000 de ses clients soupçonnés de fraude fiscale. Les États-Unis et la Suisse ont finalement trouvé un accord extrajudiciaire pour que la banque ne passe pas en justice pour incitation à l’évasion fiscale.

Derniers conseils donnés par « Security Risk Governance » lorsque les commerciaux d’UBS quittent un pays étranger avant de regagner la Suisse : « Détruisez toutes les données sensibles », « N’emportez pas de documents liés à un client », et « Préparez un baratin au cas où vous seriez questionné par les autorités ». Difficile d’être plus clair…

(*) Seuil, 184 pages.

REGARDEZ les documents d’UBS : http://www.lepoint.fr/economie/les-etranges-conseils-d-ubs-a-ses-collaborateurs-20-05-2012-1463375_28.php

Esclavage, capitalisme, croissance : ça continue !

21 Mai

Laissons pour une fois de côté les nouvelles fondamentales de la Politique Française (genre le jean de Cécile Duflot ou les parachutes de Le Pen et Mélenchon) pour évoquer des sujets tellement secondaires que j’ai honte de devoir m’abaisser jusqu’à en parler.

Oui, je sais, j’ai déjà écrit là-dessus. Ici, il y a quatre ans. , il y a 18 mois.
Depuis, rien n’a changé, bien évidemment.

L’émission “Cash investigation” de France 2 avait diffusé la semaine dernière un fort didactique reportage sur l’art et la manière qu’ont les multinationales, y compris françaises, de frauder le fisc à l’aide de montages abracadabrantesques élaborés par d’autres multinationales spécialisées, et qui ont pour point commun de passer par des filiales luxembourgeoises bidons.

Hier soir, France 2, décidément bien inspiré, a diffusé un nouveau reportage écœurant dans les ateliers de couture au Bangladesh et en Inde. Rien de bien nouveau sous le soleil, à vrai dire. On y apprend, images à l’appui, que dans ces ateliers travaillent des gamines de 12 ans, 12 heures par jour, 6 jours par semaine, pour un salaire inférieur à un dollar par jour. Je pense qu’on peut parler d’esclavage. Il y a certes parfois des rebellions, mais dans l’ensemble, les multinationales n’ont pas à se plaindre, merci pour elles.

Une fois les fringues cousues par ces esclaves, elles sont emballées dans des cartons et expédiées en occident par bateau dans des immenses conteneurs.

Le voyage en bateau sert en quelque sorte de paravent entre la production et la consommation. Il transforme le malheur des uns en objet de désir des autres. Car une fois arrivées ici, les fringues sont étalées dans des boutiques plus ou moins clinquantes, dans lesquelles le con-sommateur (et surtout trice, il faut bien le dire) se précipite pour acheter, souvent pour quelques euros, de quoi vêtir toute la famille.

La pub et le marketing font leur œuvre pour que le coût de fabrication, indécemment bas, fasse une multiple culbute, suffisante pour que les actionnaires deviennent milliardaires (c’est le seul but de la manœuvre), mais pas trop pour rester dans le business model de la con-sommation de masse, que la ménagère de moins de 50 ans revienne le plus souvent possible acheter, acheter et encore acheter.

Bien entendu, on n’affiche pas dans les boutiques la photo de ces milliers de gamines devant leur machine à coudre, dans un bruit infernal, sous la lumière des néons blafards et les aboiements du contremaître, ni dans leurs bidonvilles insalubres. Sinon les gens n’achèteraient pas, probablement. Au contraire, on y met les photos sur papier glacé de mannequins anorexiques ou de stars de cinéma soucieuses d’arrondir des fins de mois pourtant déjà bien rondelettes.

Tout cela a été parfaitement décrit dans le livre de Naomi Klein, “No Logo” , qui détaille le processus de décérébration des foules (et notamment des jeunes) qui conduit des humains en apparence ordinaires à être fiers de payer une fortune des objets fabriqués par des esclaves à un coût dérisoire.

Avant le bateau : le cauchemar. Après, le rêve.

Le reportage citait des marques. Monoprix, Ikea, Leclerc, Zara. Peu importe, il y a fort à parier que c’est partout pareil. On a pu assister à des scènes pathétiques de communicants à la langue d’ébène, niant que les images montrées aient pu exister, se cachant derrière des cahiers des charges, des chartes, des normes, des audits, jurant leurs grands dieux qu’ils avaient une éthique et que tout manquement à icelle devait être corrigé, et patati et patata.

Et ce sont les mêmes connards qui discutent des heures avec les fournisseurs pour baisser les prix d’un pouième de centime. Qui savent très bien que tous ces cahiers des charges sont du pipeau, que celui qui le signe sous-traitera et qu’au final les fringues seront fabriquées dans des conditions sordides par des gamines esclaves, tandis que les actionnaires se feront des couilles en or et se prélasseront sur leur yacht.

La richesse indécente a toujours besoin d’esclaves en nombre. Les bubons capitalistes purulents de Dubaï ou du Qatar consomment environ 10 esclaves pour un habitant. Nous, c’est pareil, sauf que nos esclaves restent chez eux, fabriquant nos fringues, gadgets électroniques, bagnoles que les haut-parleurs de la pub et du dieu croissance nous ordonnent d’acheter frénétiquement et de jeter le plus vite possible.

Les magazines économiques, en plus d’appeler de leurs vœux la rigueur budgétaire, la baisse des impôts, et la disparition de tout secteur public, célèbrent ces grands entrepreneurs : regardez cette liste de milliardaires.

Vous y reconnaîtrez le fondateur d’Ikea Ingvar Kamprad, première fortune européenne avec 33 milliards d’euros. Puis, un peu plus loin, entre Bernard Arnault et Liliane Bettencourt, vous trouverez Amancio Ortega, propriétaire de Zara, avec 30 milliards.

On marche sur la tête, non ?

Tant que j’y suis, je passe à autre chose. Non, en fait c’est la même chose. Je me souviens de la couverture de Libé au lendemain de l’assassinat des gamins devant l’école de Toulouse. (Vous la trouverez )

En voyant cette couverture, je m’étais dit que Libé, dont le directeur Demorand semble avoir remarqué que les unes racoleuses avaient un effet bénéfique sur les ventes, d’où sa propension à en caser à toute occasion, aurait pu en faire une similaire, sur fond noir, mais aux caractères beaucoup plus petits, pour y faire figurer les noms et âges des 20000 (vingt mille) enfants morts de faim ce jour-là, comme tous les autres jours, d’ailleurs.

Comme le dit si justement Jean Ziegler, nous pourrions très bien nourrir ces enfants, et ils meurent quand même, c’est donc qu’ils sont assassinés.

Notre système trouve pourtant toujours les milliards, et même les dizaines de milliers de milliards, pour voler au secours de ces pauvres banquiers. Il a consacré plus de 1600 milliards l’an dernier à acheter des armes. Mais n’est pas foutu de trouver 30 pauvres milliards (la fortune de M.Ikea ou de M.Zara, tiens) pour nourrir la terre entière pendant un an. En même temps un banquier ou un marchand de canons, c’est quand même plus important que quelques millions d’enfants. Surtout noirs ou jaunes…

Tout ça, c’est la conséquence directe et indéniable de notre système capitaliste, libéral et croissanciste. De sa répartition incroyablement scandaleuse des richesses. De sa prédation par la finance et les spéculateurs. De ce phénomène incroyable qui fait que malgré les odes à la “valeur travail”, ce ne sont jamais ceux qui travaillent qui s’enrichissent, mais des intermédiaires parasitaires. Ceux qui cultivent les fruits et légumes restent pauvres, tout comme la caissière du supermarché, mais pas le propriétaire de l’enseigne.

En France, nous avons de la chance : nous venons de chasser un gouvernement de droite, incapable et corrompu, pour le remplacer par un gouvernement de “gauche”, qui respecte la parité et qui a signé une charte éthique.

Et surtout, son dicton est “Le changement, c’est maintenant”. Merveilleux, non ? Bon, on commence quand ?

Euh… Pour l’instant, le principal changement c’est qu’on peut venir au conseil des ministres en jean. Pour le reste, permettez-moi de douter. Car même si le QI moyen du gouvernement doit être au moins le double de celui du précédent, il suffit de gratter un peu pour constater la supercherie. Tous les postes importants sont occupés par des représentants de la “gauche de droite”. DSK n’est plus là, mais ses disciples et ses idées sont restés. Enarques et membres du “Siècle” foisonnent. Pas un seul dangereux révolutionnaire gauchiste à l’horizon.

Pas une de ces personnes n’a l’intention de faire quoi que ce soit pour changer de paradigme. Tous se plaisent et se complaisent dans le capitalisme libéral, qui leur a d’ailleurs apporté richesse, puissance et gloire.

Le premier ministre est le premier promoteur du projet mégalomaniaque et scandaleux de l’ayraultport de Notre Dame des Landes. Ce projet témoigne de son aveuglement total quant à l’évolution du monde et de ses ressources naturelles.

Quant au président Hollande, son déplacement aux Etats-Unis montre qu’il n’a rien compris non plus, pas plus qu’Obama, d’ailleurs. Délectez-vous de ces billevesées, reprises en boucle et sans le moindre sens critique par des médias tétanisés d’extase :
Le président François Hollande a fait état d’une “convergences” de vues avec son homologue américain Barack Obama sur la nécessité de relancer la croissance pour faire face à la crise, vendredi 18 mai à la Maison-Blanche, peu avant un sommet du G8. La croissance doit être une priorité (…)”.

La croissance, la croissance, la croissance… La même chose qu’avant, mais PLUS ! Plus d’esclaves, plus d’armes, plus de morts de faim, plus de paradis fiscaux. Plus de pétrole, plus de ressources naturelles, plus de pollution, plus de CO2. Et plus d’argent virtuel pour contourner les limites de l’économie réelle.

Pauvres aveugles ! Mai 2012, et ils n’ont toujours rien compris. Après avoir décidé de ruiner les peuples pour rembourser les banksters, ils décident désormais qu’il faudrait en fait encore emprunter aux banksters pour éviter la ruine des peuples…

Quant à ceux qui croyaient que Hollande allait mettre la finance à genoux, même après la déclaration d’allégeance faite aux banksters de la City, pensaient-ils qu’il allait nommer Frédéric Lordon responsable du G20 pour la France ? Curieusement, non, l’heureux élu de Hollande, secrétaire général adjoint de l’Elysée s’appelle Emmanuel Macron, 34 ans. C’est un disciple de Jacques Attali (dont l’ombre plane sur la “gauche” comme celle de Minc plane sur la droite), ex-membre de sa ridiculissime “commission sur le retour de la croissance”. Et que fait-il dans la vie, ce petit génie ? Il est associé-gérant chez Rothschild, et le fait d’abandonner un salaire annuel de l’ordre d’un million d’euros est une preuve évidente de son désintéressement espoir de retour sur investissement.

Certains parlent de faire revenir ces usines en France… Les “socialistes” viennent même de créer un ministère marketing du “redressement productif” confié à Montebourg. Quelle rigolade ! Comment faire revenir en France des industries qui en sont parties, poussées par la perspective d’employer des esclaves et par les lois qui permettaient cette forfaiture ? Sans changer ces lois, sans revenir sur ce système ?

Juste pour rire, c’est un “socialiste” français, Pascal Lamy, qui dirige depuis 7 ans l’OMC (ex GATT), le principal organisme responsable de la dérégulation du commerce mondial…

Tous ces gens sont d’accord sur un point : il faut améliorer la compétitivité de la France, et baisser le coût du travail. Pour l’aligner sur celui du Bangladesh, par exemple… Car tout le monde le sait, je l’ai même lu sur Twitter de la part de prétendus gauchistes : “si on va fabriquer au Bangladesh, c’est que ça coûte trop cher de fabriquer en France”.

Ok, réduisons donc le coût du travail… qui est principalement composé de plusieurs facteurs :
– Le salaire
– Les cotisations sociales (improprement baptisées “charges”).

Réduire le coût du travail, cela signifie donc au choix réduire les salaires (ou travailler plus pour le même salaire), ou réduire les retraites, les remboursements de sécu, les allocs chômage… Ou, pour être plus efficace, les deux. Supprimons par la même occasion toutes les “barrières à l’emploi”, comme le salaire minimum, le code du travail, les congés, le paiement des arrêts maladie, et la retraite.

Pour finir, supprimons carrément tout salaire, et c’est le plein emploi garanti. Fort de cette compétitivité retrouvée, les zentrepreneurs embaucheront massivement, et y vont voir, au Bangladesh, ce que c’est que la France Compétitive ! Comment que Leclerc il va rapatrier fissa la fabrication de ses tee-shirts !

Hollande semble devenu le héraut du keynésianisme, par opposition au néolibéralisme. Cette doctrine, qui prône la croissance par la demande, au besoin soutenue par l’Etat (et donc par l’endettement… On rêve !), a fait son temps pendant les “30 glorieuses” qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, avant d’être balayée par le n’importe quoi du néolibéralisme. Depuis, cette doctrine est caduque, anachronique.

C’est donc un grand bond en arrière de plus de 35 ans que Hollande, tout ravi de jouer les vedettes au G8, propose au monde ébahi par tant d’originalité. Et même si la plupart de nos “socialistes” (Hollande lui-même, Ayrault, Fabius…) en sont effectivement restés à cette époque, le monde a changé, et va prochainement s’apercevoir que toute politique de croissance dans les pays occidentaux est vouée à l’échec et à la catastrophe.

Pénurie de pognon, pénurie de pétrole, pénurie généralisée de ressources (aka “peak everything”, un très bon article dans “Science et Vie de ce mois-ci sur la pénurie des métaux, mais Hollande et Obama lisent trop le “Financial Times”, pas “Sciences et Vie”), cette politique emmène l’humanité droit dans le mur. En klaxonnant.

Keynes, cité par Jean Gadrey (auteur de “Adieu à la croissance”) avait tout de même prévu qu’après des décennies de croissance, un certain niveau de richesse serait atteint et l’objectif devait changer : « il sera temps pour l’humanité d’apprendre comment consacrer son énergie à des buts autres qu’économiques ».

Hollande et Obama sont assurément moins cons que leurs prédécesseurs respectifs Sarkozy et Bush. Qu’ils le prouvent !

Source : http://www.superno.com/blog/2012/05/esclavage-capitalisme-croissance-ca-continue/

Cpt Anderson – Les infos dont on parle peu. (Mai)

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